Nombreuses sont les stratégies marketing dans le domaine de l’édition (presse, musique, livre) tentant de mêler gratuit et payant de la manière la plus avantageuse possible. Les maisons de disque apprennent petit à petit par l’exemple (Radiohead, Prince, Nine Inch Nails etc…) que baisser la barrière à l’entrée en proposant des œuvres gratuitement permet de générer des ventes ultérieurement sur des objets « physiques » (cd, collector, concert, t-shirt). Les maisons de disque s’adaptent en signant des contrats d’artiste sur le modèle des joueurs de foot (les fameux contrats « 360″), afin d’avoir la flexibilité de récupérer d’une main ce qu’elles donnent de l’autre.

Le marché du livre est un secteur qui pourrait tirer les mêmes bénéfices du mélange gratuit/payant que la musique ou la presse. La preuve par l’exemple encore une fois : Alban Martin a lancé en 2006 simultanément la version livre papier en librairie de « l’Âge de Peer », ainsi que l’audiobook disponible intégralement sur internet sous licence dite libre (=équivalent de l’opensource pour les œuvres numériques). En outre, il en a diffusé de nombreuses versions sous forme de présentations sur
slideshare.net, et blogué pendant deux ans les idées clés sur son blog
cocreation.blogs.com. Cinq ans après, 400 000 pages vues sur le blog, plus de 25 000 téléchargements de la version audio, 15 000 visionnages de présentations en ligne ont rendu nécessaire un second tirage du livre en 2007, puis une seconde édition sous le titre « Et toi tu télécharges? », sortie cette année.
Ce livre que l’auteur sort ce mois-ci, a la même ambition de complémentarité entre les formats gratuits et payants: à nouveau la version audio du livre sera disponible intégralement en licence libre Creative Commons d’ici quinze jours, afin d’abaisser la barrière à l’entrée dans cet essai politique. Habituellement, les personnes téléchargent un ou deux chapitres afin de se faire une idée, puis, s’ils sont vraiment intéressés, franchissent le pas d’acheter l’œuvre en ebook ou en librairie. La population étudiante, dotée d’une marge de manœuvre financière plus serrée, alors que friande de ce type de littérature, peut également découvrir l’œuvre, et en parler autour d’elle à des personnes ayant potentiellement un pouvoir d’achat plus élevé.
Enfin, un soin particulier a été apportée à la version numérique du livre, notamment sur iphone/ipad, la transformant plus en service qu’en
objet littéraire. Chaque page est commentable et enrichissable, et chaque mot peut être sélectionné, copié ou utilisé pour une recherche Google/Wikipedia. Les commentaires sont donc associées à l’œuvre, plutôt que disséminés au gré des discussions sur les blogs. Le manuscrit est transformé en objet social car agrégeant directement tous les retours et enrichissement de la communauté. Payer pour l’œuvre numérique n’a donc rien à voir avec la simple lecture du pdf s’échangeant sur les réseaux peer-to-peer (possible aussi par ailleurs). L’expérience communautaire permet une vraie différentiation.
A quand une signature des auteurs avec des contrats à 360 degrés, pour toucher aussi sur les revenus générés par les conférences, cours, et autres produits dérivés?
Alban, comme d’habitude crois au 2.0, même pour les livres, et nous on aime, donc on blogue;)
Fred